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Laurent Kropf - InterviewLe travail de Laurent Kropf se prête à de multiples lectures dans lequel chacun puise des références qui lui sont propres. Laurent, comment envisagez-vous la part de subjectivité du spectateur dans votre travail?
Je n'adhère pas entièrement à cette affirmation de base. Enfin... il me semble que le système de référence est souvent révélé au spectateur ; par un titre, un texte. J'essaye souvent de prendre la médiation à mon compte, ce qui me fait peur parfois, car je ne veux pas être maîtresse d'école. Mais c'est aussi un bon exercice, d'être le spectateur de ses propres pie?ces, et d'e?crire a? leur sujet. Bien su?r, on ne donne pas toutes les cartes en main au spectateur pour qu'il comprenne le travail comme l'artiste l'a imagine?. La partie re?serve?e a? la subjectivite? du spectateur est sans doute la de?finition me?me de l'art ; a? cela s'ajoute une volonte? de communication. Et pour communiquer, il faut se?duire ; il y a donc une forme, une approche esthe?tique de l'oeuvre qui vient a? la fin du processus de re?flexion de l'artiste, mais qui est la premie?re chose qui frappe le spectateur, donc qui ne laisse pas force?ment de place a? sa subjectivite?. Elle joue un peu le ro?le de polies salutations a? l'amorce d'un dialogue. Ensuite, soit on se contente de parler du beau temps et des carottes qui n'ont plus de gou?t, soit on s'investit dans la discussion en entamant une re?flexion avec son interlocuteur. Mais c'est l'artiste qui me?ne la re?flexion, car c'est lui qui pose les questions. Et les questions ne sont pas tre?s clairs, parce qu'elles n'utilisent que rarement le langage, ou alors de manie?re de?tourne?e. Parler a? la subjectivite? du spectateur, c'est alors e?viter l'e?cueil de l'idiotie. C'est e?viter le genre de choses qui font directement pole?mique, comme cette pie?ce de Hirschorn qui repre?sentait un conseiller fe?de?ral en position inconfortable avec un a?ne : cette oeuvre n'a fait re?fle?chir quiconque. Le populisme de la de?marche a discre?dite? pour un temps tout le syste?me de subvention de la culture par l'Etat, ce qui est un moindre mal. De l'autre co?te?, je n'ai pas l'impression qu'il ait discre?dite? l'artiste, bien au contraire. C'est troublant... et idiot.
L'autre extre?me serait de dire, comme on l'entend souvent, que chacun peut voir ce qu'il veut dans une oeuvre d'art. Et c'est un constat que beaucoup de gens font sur tout : les chiffres, les de?pe?ches de l'AFP, les textes sacre?s, etc... C'est le signe d'une socie?te? qui a arre?te? de re?fle?chir, renonce? a? comprendre, voire a? apprendre. C'est terriblement de?sabuse?... et idiot.
Pour conclure, il y a une chanson des Kills, reprise de Gainsbourg, qui dit: « Call it hate, call it love, I call it art ». Je crois, en quelque sorte, que c?a pourrait re?sumer ma re?ponse. J'ai commence? par la finalite?, la re?ception de l'oeuvre a? la place de questionner l'origine de votre de?marche et son cheminement. Par analogie, pourrait-on dire que la part d'histoire - re?elle ou fictive - contenue dans votre travail fonctionne sur le me?me mode, une rede?couverte dirige?e (ou non)?La part d'histoire, dans mon travail, sert d'abord de pre?texte a? la mise en place d'une narration. En franc?ais, on dit « raconter une histoire » pour endormir les enfants, le fait de « raconter l'Histoire » (avec sa grande hache, comme dit Pe?rec) ayant pluto?t tendance a? empe?cher le sommeil, celle-ci n'ayant pas de chute. Lorsque l'Histoire a une chute, il faut s'en me?fier, car a? ce moment-la?, on bascule dans le mythe. Il y a alors les mythes largement accepte?s comme alle?gories universelles, et ceux, plus modernes, qui ont une porte?e historique, c'est a? dire charge?s au niveau ide?ologique. C'est le cas par exemple des mythes fondateurs d'une nation. La Suisse, pour prendre l'exemple que je connais: vous conviendrez que la naissance de ce pays est un peu plus complexe que les historiettes que nous avons apprises a? l'e?cole, sur trois Waldstaetten se re?unissant sur une prairie, levant trois doigts (chacun) et fondant par ce geste une nation inde?pendante et neutre. C'est dans ce de?calage qu'il y a matie?re a? investigation, car il se trouve encore des gens pour se re?unir un 1er aou?t sur la prairie du Gru?tli pour comme?morer cela; aussi bien des conseillers fe?de?raux - on y revient - que des skinheads. Je trouve cela aussi pathe?tique que ge?nial; et y trouve donc matie?re a? cre?er. Mais je ne crois pas qu'il y ait rede?couverte, ni me?me de?couverte; il s'agit plus d'un jeu avec les traces historiques ou culturelles, qui parfois « remet l'e?glise au milieu du village », et d'autres fois la rele?gue en banlieue ou? elle sera peut-e?tre tour a? tour incendie?e, tague?e, ou symbole d'inte?gration... En fait, ce qui me de?sole le plus, c'est quand l'Histoire est utilise?e pour de?finir une identite? nationale; la?, on est en pre?sence d'une rede?couverte dirige?e.
Votre prochaine publication a? parai?tre, "Le Vieux Pe?re", porte pourtant les "stigmates" d'une rede?couverte dirige?e? Ne serait-ce qu'une expe?rimentation purement formelle?
Le Vieux Pe?re est un ouvrage qui regroupe une partie de ma collection de photographies de groupes. Sur chacune, une forme blanche a e?te? ajoute?e apre?s l'impression pour isoler la figure portant les attributs d'une certaine domination ou autorite? sur les autres personnes ; il s'agit parfois d'une simple question d'a?ge ou de position. Celui que j'ai appele? le vieux pe?re – il y a peu de femmes, mais il ne s'agit pas la? d'un choix – se retrouve seul, entoure? d'une nue?e blanche structure?e par la forme du groupe et par quelques e?le?ments architecturaux ou naturels ayant servi de de?cor a? la mise en sce?ne de ce court instant. Ces personnages sont de petites gens, anonymes, des vies minuscules faisant autorite? sur un groupe restreint ; il y a un co?te? local dans ces images qui me fascine - famille, socie?te?s sportives, choeurs, paroisses, etc... La pre?sence du photographe indique l'importance du moment, et les sels d'argent font le reste pour fixer ces personnes dans le temps. La figure ge?ome?trique, si elle masque, rele?ve de la re?ve?lation d'une structure plus que d'une censure. Elle met un cadre autour de ce patriarche, le se?pare de son groupe d'influence ; c'est donc le regard qui est, en effet, dirige? ; mais le spectateur sait ce qui lui est enleve?. Le regard est concentre?, le groupe continuant a? exister en tant que structure organise?e.
A l'image de vos photographies de groupes, nous retrouvons aussi un important travail de recueil dans votre se?rie The Words. Si la dimension sociale et humaine - toujours sous-jacente dans ce corpus d'oeuvres - est un prolongement direct de vos sources, quel(s) rapport(s) entretenez-vous avec l'acte de collectionner et comment se retranscrit-il dans votre travail?
L'acte de collectionner est sur bien des points analogue a? l'acte de cre?er. Les deux sont dilate?s dans le temps et ont un but assez flou au commencement. Si je prends l'exemple de Pre?sentation d'une collection, cette accumulation d'images de bandes- annonces de films a commence? lorsque j'e?tais encore a? l'e?cole. Je projetais alors d'en tirer des peintures, puis suis passe? par toutes sortes de projets. J'e?tais alors re?ticent a? l'ide?e de les utiliser pour ce qu'elles e?taient, de simple captures d'e?cran. Durant 8 ans j'ai archive? toutes ces bandes-annonces sans savoir le moins du monde ce qu'elles deviendraient ; mais j'e?tais persuade? que quelque-chose pouvait en e?tre tire?. La se?rie en cours The Words de?coule de la me?me source d'images. Ce sont des e?valuations de films concocte?es par la Motion Pictures Association of America ; ces ratings sont en fait des transcriptions en mots d'images a? "contenus explicites". Y apparaissent parfois des choses joliment dites. En peinture, elles servent en ge?ne?ral de sous-titres a? d'autres pie?ces; a? Gene?ve, j'en ai fait une devanture pour l'espace Piano Nobile. Elle dit : « For momentary language ».
Le fait de collectionner implique aussi que le travail sera long, parce qu'il faut du temps pour re?unir un nombre satisfaisant d'objets. La diffe?rence avec les autres travaux est peut-e?tre que l'acte d'achat vient avant la finalisation mentale du travail ; et qu'il faut faire avec des e?le?ments qui sont pre?sents de?s le de?part. Alors que normalement, on fait pluto?t « quelque-chose a? partir de rien », pour reprendre le titre d'un article de John Miller qui m'a interpelle? durant mes e?tudes ; il e?crivait au sujet d'une intervention de Xavier Veilhan, qui avait monte? un tour de potier mu? par un scooter. Et il faisait lui-me?me des poteries comple?tement rate?es.
Je rebondis sur votre remarque, « faire quelque chose a? partir de rien ». S?il y a dans ce constat une référence a? la puissance de cre?ation, y a-t-il lieu d'en parler ici dans ses re?sonances bibliques ? Je pense notamment a? votre dernie?re installation a? l'Espace Curtat et au retable qui abrite "Pre?sentation d'une collection".
Ce qui ressortait surtout de cette phrase, c'est une dimension ironique ; le point de rencontre entre la cre?ation et la production. L'artisan cre?ant avec des outils de grande consommation (le scooter, l'essence) un produit artisanal dont l'imperfection est la valeur ajoute?e au simple bloc de terre de de?part. Laquelle (la valeur ajoute?e) prend d'autant plus d'ampleur si l'artisan se dit artiste et que ses produits se vendent sur un autre marche? que le marche? du samedi matin. A moins d'e?tre vraiment a? co?te? de la plaque, le "rien" n'a pas d'existence dans la cre?ation. Il y a toujours un pre?texte a? cre?er (produire). Que ce soit la Bible ou la une d?un journal. Pour parler de la Bible pluto?t que du dissident chinois Nobel de la paix, un certain nombre de travaux s'y rattachent, de pre?s ou de loin, parce qu'elle reste la source principale de notre culture. Je suis fascine? aussi par les objets cultuels, parce qu'ils sont pour certains de vraies reliques alors que pour beaucoup d'autres, ils repre?sentent des sortes d'objets arche?ologiques a? la signification pas tre?s bien de?finie. L'histoire de la religion reste, je pense, un angle d'attaque particulie?rement inte?ressant. Inte?ressants a? quoi, je ne sais pas exactement; a? comprendre? a? analyser?
N'y a-t-il rien a? dire a? ce propos?
Pour parler de cela, je ferais re?fe?rence a? la peinture "Madam, in Eden I'm Adam", qui est un tryptique qui se de?veloppe verticalement. La peinture du bas montre un panorama de montagnes, avec ses pics, ses neiges e?ternelles, ses rochers. La peinture du haut repre?sente un autre panorama, la te?te a? l'envers. Il est en fait l'exact oppose? du paysage du bas, c'est a? dire que les pics de l'un sont les valle?e de l'autre, et vice-versa. Les deux paysages sont donc ne?s d'un de?pliage, d'une ouverture comme on ouvre un livre. La peinture centrale mentionne, en argente? sur argente?, « New Hypothesis on the crea... ». Ce tryptique pose la question de la re?alite?; qu'est- ce qui fait sens? La the?orie du big bang ou la Gene?se? Pour moi, les deux the?ories sont passionnantes au point de vue de l'e?tude. Et celle qui est vraie n'est sans doute pas celle qui a le plus de poids dans notre culture. Si l'on revient a? la Bible, elle est un re?pertoire auquel il ne s'agit pas de croire; mais c'est son usage dans la formation de notre culture sur plus de deux mille?naires qui fait d'elle la base d'une certaine re?alite?.
Je m'interroge sur les mots et les images. Sur le langage en particulier qui, comme vous nous l'avez dit, officie parfois comme sous-titres a? d'autres pie?ces. De cette rhe?torique visuelle ou? les mots sont des emprunts de l'industrie du cine?ma, quel est plus ge?ne?ralement votre rapport au langage et a? l'e?criture (que vous pratiquez e?galement) ?
Je n'envisage pas vraiment d'image sans mot. Les deux sont intrinse?quement lie?s. Peut-e?tre le sens nai?t-il de l'interpre?tation de ce lien. La se?rie de peintures The Words joue de cette ambivalence entre l'image et le langage. Ces peintures reprennent des phrases e?nonce?es par un organe ame?ricain de contro?le(1) au sujet du contenu juge? sensible d'un film. Ici, le langage sert a? avertir du contenu d'une image qui pourrais susciter des re?actions ne?gatives chez certains spectateurs. Le lien qui s'e?tablit entre le mot et l'image est tre?s ge?ne?rique ; c'est un champ lexical fait de tre?s peu de mots, et qui suffit a? pointer du doigt tous les e?le?ments juge?s immoraux.
Le langage a un poids que l'image n'a pas force?ment. Barthes dit que le langage est fasciste, parce qu'il oblige a? dire. Et j'ai trouve? chez des auteurs tels Faulkner, Beckett ou Pierre Michon des e?critures qui s'affranchissent de ce poids de la langue. Je cherche dans ma bibliothe?que L'invention du quotidien de Michel de Certeau, et le quatrie?me de couverture re?sume a? lui seul cette posture: la pratique de l'e?cart dans l'usage des produits impose?s, « dans une liberte? buissonnie?re par laquelle chacun ta?che de vivre au mieux l'ordre social et la violence des choses. » La liberte? n'engage donc pas notre affranchissement a? l'ordre, mais pluto?t son de?tournement. En face il y a le principe d'Autorite?, qui lui, doit laisser une place a? l'e?cart. Tout cela est strate?gique. La liberte? est une notion de strate?gie.
C'est sans doute cette recherche de strate?gie qui fait e?voluer mon travail dans les arts visuels. Ma pratique de l'e?criture est pour l'instant pluto?t de l'ordre du fantasme:manque encore une bonne compre?hension de ses outils.
Est-ce que la strate?gie peut e?tre assimile?e a? quelque chose de l'ordre du de?tournement, comme vous le citiez plus haut? En somme, qu?entendez-vous par "strate?gie" dans l?e?volution de votre travail?
Ce terme de strate?gie n'e?tait pas bien choisi, car il me semble tre?s connote?, ne?gativement. Je ne veux pas parler de strate?gie qui viserait a? remporter une victoire quelconque, au de?pend des autres. Mais de strate?gies qui me?nent a? des manie?res de faire de?tourne?es, a? des usages de?tourne?s de "produits" qui ont une fonction arre?te?e a priori. Et dans cet usage de?tourne? doit apparai?tre, je pense, l'e?le?ment a priori; sinon, c?a frise l'entourloupe. Non connote?e, l'expression manie?re de faire, ou, effectivement, celle de de?tournement, est ici pre?fe?rable.
Les usages de?tourne?s ou manie?res de faire sont, je pense, les seules strate?gies viables si l'on de?sire ne pas faire recours a? la violence. Prendre ce que l'on nous impose et les ame?nager ; c'est loin d'e?tre une attitude passive ; mais c'est effectivement, sans doute, une de?marche individuelle et responsable. L'art lui-me?me joue de ces manie?res de faire ; l'important pour moi e?tant de le faire sans cynisme. Je trouve bien plus d'attaches au re?el dans l'art, et c'est la? que je peux trouver aussi mes manie?res de faire.
Regardez Malevitch qui, me?me s'il ve?cut dans un pays nettement moins de?mocratique (et qu'il fut incarce?re?), est exemplaire de ce point de vue. Il place ses figures abstraites au milieu de peintures figuratives, et antidate ses toiles abstraites pour les faire croire ante?rieures. De?tournement, strate?gie. Pour pouvoir, tout simplement, continuer.Toute connotation mise a? part, je faisais bien re?fe?rence a? votre pratique... dans le "re?el" comme vous le sugge?riez. Quelle est donc cette "strate?gie" (manie?re de faire, si vous pre?fe?rez) qui vous fait avancer dans votre travail ?
Essayer de sentir les choses, et de les rendre re?elles en les investissant non pas de mots, mais d'images. Cle?ment Rosset, dans son ouvrage Le re?el, traite? de l'idiotie, tente dans un passage l'hypothe?se simple de proposer que ce qui est re?el, c'est ce qui est nomme?. Par la citation « C'est pas sale, c'est de la caca », tire?e de je ne sais quel ouvrage, il tente le paris que ce qui est nomme? est connu, donc "propre". Peut- e?tre est-ce une image valable pour tenter de de?finir la strate?gie de mon travail: connai?tre les choses, et les rendre propres. Quant a? les comprendre, c'est un travail qui ne m'est sans doute pas imparti. C'est une recherche sans fin, sans doute. J'aime aussi citer Cosmos de Gombrowicz, qui est une sorte d'enque?te policie?re ou? tout signe devient un indice propre a? la faire avancer. J'essaye de cre?er, dans mes expositions, des liens a? la manie?re de ce passage ou? le narrateur va suivre une fissure dans le plafond, qui va le mener a? y voir l'indication d'une direction : suivant la piste, il de?couvrira une autre piste, etc... allez ensuite recouper tout cela.
Pour mon exposition personnelle du mois de novembre a? Gene?ve, par exemple, j'ai utilise? pour la communication un slogan publicitaire d'un symposium dans une e?cole internationale de commerce, publicite? trouve?e dans Le Temps. Ce slogan disait : « Turbulent times make great leaders. Who is your leader 2010 ? » Par le simple fait de le traduire en Allemand, ce slogan devenait charge? historiquement, et fortement connote? : « Turbulent zeiten schaffen grosse Fu?hrer. Wer ist Ihr Fu?hrer fu?r 2010? » Et il me semblait que cette phrase prenait, au moment ou? les retombe?es de la crise se faisaient le plus sentir, a? l'e?poque ou?, aussi, les pays europe?ens tombaient aux mains de la droite extre?me, ou? les Roms, ces gens dont on nous a parle? tout l'e?te? dans le me?me journal sans expliquer vraiment qui ils e?taient (mais a? la manie?re de « c'est pas sale, c'est de la caca ») e?taient expulse?s, il m'a semble? donc que cette phrase prenait, en Allemand, tout son sens, sa re?alite? ; que la re?alite? e?tait, une fois n'est pas coutume, dans la publicite?. Et la ve?rite? dans la langue. La? est parfois, tout simplement, la strate?gique manie?re de faire.
1. Il s?agit de la Motion Pictures Association of America, Inc. (ndlr.)
Version franc?aise de l'interview publie?e en anglais dans le magazine Novembre, Spring 2011.

